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De nombreux organismes nationaux et internationaux s'accordent sur la nécessité d'utiliser davantage de ressources renouvelables dans le mix énergétique mondial. Il se pourrait toutefois que cette stratégie ne fonctionne pas aussi bien que prévu. En effet, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) misent sur un accroissement de l'efficacité énergétique pour lutter contre le dérèglement climatique.

Ce concept est à distinguer du rendement énergétique, qui concerne le rapport entre la production et la consommation d'énergie. L'efficacité, quant à elle, prend en compte les utilisations d'électricité et de gaz, et interroge ainsi les comportements des consommateurs. Or, ceux-ci pourraient remettre en cause les projections stratégiques des différents organismes à l'œuvre, en particulier à cause de “l'effet rebond”, comme l'avance The Conversation.

“L'effet rebond”, l'épine dans le pied des stratégies de développement durable

Que ce soit lors des Accords de Paris ou au travers du plan de développement durable de l'AIE, un élément clé n'a pas toujours été suffisamment pris en compte. Il s'agit de “l'effet rebond”, ou “paradoxe de l'efficacité énergétique”. Cette théorie provient d'un ouvrage du XIX° siècle de l'économiste anglais William Stanley Jevons : Sur la question du charbon.

Qu'est-ce que “l'effet rebond” dans le domaine de l'électricité et du gaz ?

W. S. Jevons décrit l'effet rebond comme le phénomène selon lequel les économies d’énergie prévues grâce à une nouvelle technologie sont compensées par une adaptation des comportements. En d'autres termes, cela signifie que les habitudes de consommation peuvent annuler en partie ou en totalité les effets de l'utilisation d'énergies renouvelables.

L'effet rebond par William Jevons

Cette théorie s'est notamment vérifiée au moment de la rédaction de l'ouvrage de Jevons, à propos du charbon. À l'époque, l'émergence d'une locomotive à vapeur qui fonctionnait avec moins de charbon aurait dû limiter la consommation de cette ressource. Cependant, c'est l'effet inverse qui s'est produit, entraînant une augmentation de l'utilisation de cette énergie fossile.

Les conséquences des effets rebonds restent encore aujourd'hui difficiles à déterminer. Néanmoins, le risque de ne jamais voir se concrétiser les économies d'énergies promises par les estimations mondiales est bien réel. À terme, cela pourrait signifier que les objectifs fixés par les accords climatiques ne peuvent pas être atteints dans les délais escomptés.

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Les liens entre “effet rebond”, croissance économique et efficacité énergétique

Un second problème posé par l'efficacité énergétique résulte de son lien étroit avec la croissance économique. En effet, lorsque les États se lancent dans des projets d'améliorations de l'efficacité énergétique, ils accroissent généralement leur PIB. Cela s'explique par le fait que leurs investissements participent à améliorer la qualité de vie, la productivité et la compétitivité du pays.

Or, une croissance d'activité économique s'accompagne généralement d'une augmentation de la consommation d'électricité et de gaz. Lorsque les foyers obtiennent un bon niveau de vie et un accès facilité aux ressources, ils ont en effet tendance à les utiliser sans modération. Les prix au kWh baissent, ce qui donne l'opportunité aux ménages de consommer plus d'énergie sans être facturés davantage.

Cependant, les économistes ont soulevé un problème dans cette équation. Le PIB et la consommation d'énergie n'évoluent malheureusement pas à une vitesse identique. En d'autres termes, les experts décrivent ce phénomène comme relevant d'un “découplage relatif”. Les deux variables s'accroissent, mais pas au même rythme. Si cette situation permet de s'accorder du temps pour anticiper les besoins en énergie, elle peut aussi fausser les estimations en ne prenant pas en compte “l'effet rebond”.

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Les besoins mondiaux en électricité et en gaz seraient-ils sous-estimés ?

Les organismes comme le GIEC ou l'Agence internationale de l'énergie fondent leurs stratégies sur certaines hypothèses jugées discutables. Au regard de l'importance de “l'effet rebond” et de son absence de considération par ces organisations, les consommateurs sont en droit de s'interroger. Les objectifs fixés par les lois pour le climat et les Accords de Paris sont-ils vraiment tenables ?

Accords consommation d'électricité et de gaz

Lors de la Conférence sur les changements climatiques à Paris, les différents pays ont défini des objectifs à atteindre.

L'hypothèse du “découplage absolu” : une erreur d'estimation ?

Contrairement aux expériences passées, qui ont démontré la véracité du “découpage relatif” entre PIB et consommation d'énergie, le GIEC et l'AIE penchent pour un autre scénario. Ils estiment en effet que la tertiarisation de l'économie a modifié le rapport entre ces deux valeurs. Selon eux, la consommation mondiale d'électricité et de gaz devrait peu croître, voire pas du tout. En parallèle, la croissance économique des pays se poursuivrait selon un rythme élevé.

Cette hypothèse relève ainsi du “découpage absolu”. Cela revient à dire que le PIB d'un pays pourrait augmenter, tandis que sa consommation d'énergie diminuerait. Il n'existe cependant aucun précédent historique d'une telle évolution. En ce sens, les scénarios de réduction des émissions de gaz à effet de serre paraissent ambitieux, peut-être même faussés.

La question clé est alors de savoir si les modèles d'évolution du GIEC et de l'AIE prennent vraiment en compte les effets rebonds. Il semble que leur méthodologie soit discutable par certains aspects, notamment parce qu'ils omettent d'intégrer toute la complexité des mécanismes économiques. Leur démarche consiste d'abord à définir des objectifs de consommation d'électricité et de gaz, avant même d'avoir estimé les effets rebonds. Ils aboutissent donc à des modèles qui surévaluent les économies d'énergie réalisables.

L'enjeu déterminant des comportements de consommation d'électricité et de gaz

Face à de tels problèmes méthodologiques, les consommateurs s'imaginent sans doute impuissants. L'inaction de certains gouvernements face aux enjeux climatiques aurait déjà de quoi les décourager. Mais c'était sans compter le fait que les progrès technologiques et investissements annoncés pourraient ne pas parvenir aux résultats escomptés.

Afin d'éviter toute démoralisation, il convient de se recentrer sur les faits. Certes, l'amélioration de l'efficacité énergétique ne suffira pas à elle seule à lutter contre le dérèglement climatique. Il ne faut cependant pas renier totalement les conséquences positives des actions gouvernementales en ce sens. Investir dans de nouveaux processus industriels et de nouvelles énergies n'est pas totalement infructueux.

Électricité et gaz renouvelable

L'électricité verte et le gaz naturel permettent de réduire les effets du dérèglement climatique.

En revanche, c'est du côté des projections et des modèles climatiques qu'un effort de précision s'impose. Pour parvenir à des objectifs réalistes, les organismes responsables se doivent d'analyser les enjeux dans toute leur complexité, sans omettre les effets rebonds des actions déjà mises en œuvre. L'évolution des comportements de consommation d'électricité et de gaz doit être étudiée de près, car ceux-ci influencent la demande mondiale en énergie.

Il sera également nécessaire de se pencher sur la question de la réduction des besoins en énergie. Si l'électricité et le gaz coûtent moins cher, il est prouvé que les ménages augmenteront leur consommation. Même si l'efficacité de ces énergies croît, les consommateurs trouveront de nouvelles raisons d'utiliser toujours plus de ressources via une modification de leurs habitudes. Seule une consommation responsable et une production raisonnée pourront, à terme, permettre de diminuer l'impact écologique des activités humaines.

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