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Depuis le rachat d'Alcatel-Lucent, le constructeur finlandais enchaîne les plans sociaux et les restructurations. Il a annoncé le mercredi 6 septembre la suppression prochaine de 597 emplois, rien qu'en France. Après avoir supprimé 400 postes en 2016, Nokia s'attaque de nouveau à ses filiales basées en France. Ce sont près de 600 emplois qui sont actuellement menacés, sur un effectif total de 5260 salariés.

Repositionner la France en « pôle d'excellence »

Ce projet « d'évolution » devrait permettre de faire de la France un centre de recherche et développement spécialisé dans les domaines de la 5G, de la sécurité informatique et de l'IoT (Internet des Objets). Le groupe en difficulté chronique espère ainsi rattraper son retard face à une concurrence toujours plus rude en transformant la France en pôle d'excellence en R&D.

Pour les syndicats, et plus particulièrement la CGT, cette restructuration musclée a pour unique but de délocaliser les fonctions les moins importantes dans des pays d'Europe de l'Est. L'idée étant évidemment d'employer une main d’œuvre bien moins chère.

Seulement deux sites concernés, la R&D épargnée

Cette restructuration devrait avoir lieu d'ici 2019. Elle concernerait les filiales Alcatel Lucent International et Nokia Solutions and Networks (4200 salariés). Les deux autres filiales, Alcatel-Lucent Submarine Networks (câbles sous-marins) et RFS (radiofréquences), seront épargnées.

Les sites de Paris-Saclay (Essonne) et de Lannion (Côtes d'Armor) sont les seuls concernés par cette restructuration ciblée. Plus particulièrement, ce sont les fonctions centrales et support qui en pâtiront le plus. À l'opposée, les fonctions de recherche et développement ne connaîtront pas d'élagage. D'après les syndicats CFDT, CFE-CGC, CGT et CFTC qui forment l'intersyndicale Nokia France, ce sont 30% des emplois hors recherche et développement qui se préparent à être supprimés.

La colère et l'incompréhension des syndicats

La porte-parole du groupe justifie ces restructurations successives par un plan économique. L'idée serait de dégager 1,2 milliard d'euros d'économies d'ici l'an prochain. Parallèlement, les actionnaires de Nokia auraient reçu en 2016 pas moins de 4,4 milliards d'euros en dividendes et rachats de ses propres actions, selon l'intersyndicale Nokia France. De quoi rendre ce plan social d'autant plus inacceptable à ses yeux.

La colère des syndicats se justifie également par le fait que le directeur du groupe Rajeev Suri s'était engagé auprès d'Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie et des Finances. Il avait en effet promis de maintenir ses effectifs à 4200 salariés jusqu'à la fin de l'année. Pire encore, Nokia avait assuré vouloir renforcer la recherche et développement en recrutant 500 nouveaux ingénieurs et chercheur sur cette même année 2017. À ce jour, seuls 20% de ces recrutements ont été menés à bien. Toujours d'après l'intersyndicale, le groupe aurait d'ailleurs perçu plus de 60 millions d'euros d'argent public en crédit-impôt-recherche (CIR) et en crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) à cet effet.

Le Directeur Nokia avait rencontré Emmanuel Macron au sujet du rachat d'Alcatel en 2015

Rajeev Suri s'était pourtant engagé à préserver les emplois d'Alcatel basés en France.

Un plan social prévisible ?

Dès l'annonce de la fusion des deux groupes en 2015 s'est posé la question du bien fondé de cette opération. Auparavant, la fusion d'Alcatel avec Lucent en 2013 lui avait valu de frôler la faillite.  Si ce rachat a sauvé Alcatel d'une mort quasi assurée, cela s'est fait au prix de la perte d'une des figures de proue de l'industrie française. Comme lors du rachat d'Alstom, c'est une entreprise étrangère qui a mis la main sur un de nos groupes historiques. À l'époque, le quotidien Libération y voyait déjà « un nouveau symbole du déclin industriel français ».

Avant même que ne soit signée leur fusion, les deux groupes étaient devenus des champions des restructurations à répétition. Depuis le début des années 2000 jusqu'au rachat d'Alcatel-Lucent, Nokia avait déjà divisé ses effectifs globaux par deux. On pouvait d'ailleurs dresser le même constat chez Alcatel. Entre sa fusion ratée avec Lucent en 2013 et son rachat en 2015, la firme est restée en difficulté. Résultat, Alcatel n'a cessé de supprimer des emplois en France pendant ces deux années. Dans un tel contexte, il était évident que Alcatel souffrirait plus que son acheteur. En effet, Nokia avait déjà massivement réduit ses effectifs.  C'est désormais au tour du constructeur français de faire le ménage dans ses rangs.

Un rendez-vous déjà pris avec Bercy

Dans son communiqué publié le mercredi 6 septembre, l'intersyndicale Nokia France annonce avoir immédiatement amorcé le processus de négociations. Ils affirment ainsi avoir déjà pris contact avec le cabinet du ministre de l’Économie et des Finances Bruno Lemaire. Ils devraient donc être reçus au ministère dans les semaines qui arrivent.

Les négociations promettent ainsi d'être longues et délicates. Et pour cause : le gouvernement n'a pas tenu sa promesse de rester sur ses gardes face aux « éventuelles conséquences sur l'emploi et les activités des sites français d'Alcatel-Lucent ». Pourtant, une réunion avait été organisée au sujet de cette question essentielle le 14 avril 2015 à l’Élysée. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas vraiment pesée dans la balance. Les syndicats n'ont plus qu'à espérer que celle à venir soit plus efficace.

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Forfait B&YOU

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