Free : l’univers impitoyable des abus de licenciement au nom de la marge

Publié le 27 septembre 2017 à 11h57

Nesrine M.

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Les temps sont durs pour Free. Le dernier opérateur en matière de qualité de service – d’après l’Arcep – a fait l’objet d’une enquête dans la fameuse émission de France 2 : Cash Investigation. Il s’agit du premier numéro de la saison, diffusé le 26 septembre et son sujet invective l’enseigne de supermarchés Lidl et l’opérateur et fournisseur d’accès à internet Free. L’émission est en effet intitulée : « Travail, ton univers impitoyable ». Le magasine d’Elise Lucet est célèbre pour creuser les sujets sensibles et pour frapper là où ça fait mal. Et ça a fait mal pour Maxime Lombardini, Directeur General de Free qui s’est retrouvé au micro de la journaliste. Ce dernier devait répondre d’accusations très graves : les mauvaises conditions de travail des 9000 salariés de Free. Très mal à l’aise, ne maîtrisant visiblement pas le sujet, Maxime Lombardini n’a pas convaincu.

Xavier Niel : le révolutionnaire des temps modernes

Lorsque Xavier Niel arrive sur le marché de l’internet fixe en 1999 puis sur celui de la téléphonie mobile en 2012, il se pose comme un véritable révolutionnaire du monde des affaires. Le milliardaire accompli a en effet bouleversé le marché français des télécoms. Arrivé sur un marché détenu par un solide groupe d’entreprises bien installées – Orange, SFR et Bouygues – Xavier Niel a pourtant su s’imposer et s’approprier des parts de marché toujours plus importantes. Aujourd’hui, c’est 13 millions d’abonnés mobile que compte l’opérateur français, soit une part de marché de plus de 18%, acquise en seulement cinq ans. Le fournisseur d’accès à internet compte également 6,5 millions d’abonnés fixe, ce qui représente 23% de parts de marché.

Xavier Niel est le patron de Free

Son offre commerciale agressive avec ses forfaits sans engagement à 2 et 19,99 euros par mois (0 et 15,99 euros par mois pour les abonnés Freebox) séduit les français. À son lancement en 2012, Free rallie alors pas moins de deux millions d’abonnés en deux mois. Le mot d’ordre du français : faire de la marge, mais à quel prix ?

Cash Investigation remet en question les conditions de travail idéales vantées par Free

Xavier Niel n’emploie les gens qu’en CDI

Le milliardaire de 50 ans n’a pas fini de révolutionner le paysage français. Le patron de Free définit un principe : « Chez nous, il y a zéro CDD parce qu’on emploie les gens directement en CDI. ». Et en effet, dans une interview accordée au magazine Society, Xavier Niel déclare également la chose suivante :

[Il faut supprimer] les CDD (…) le CDD n’est qu’une astuce pour contourner le Code du travail. L’existence même du CDD au sein du Code du travail rend ce truc imbitable. Aujourd’hui, vous embauchez quelqu’un, vous avez des tonnes de formulaires à envoyer. Je ne sais pas à quoi ça sert.

Le reportage de Cash Investigation dénonce les pratiques de Free

Ce sont des propos qui plaisent au public. Xavier Niel devient alors très populaire. Les candidatures ne manquent pas dans les centrales d’appels et les Free Center de l’entreprise. Les Free Center, ce sont les boutiques physiques de l’opérateur. Free emploie alors des milliers de conseillers. L’entreprise compte également deux centres d’appel au Maroc pour 1800 conseillers.

Les employés de Free sous l’univers de l’enchantement ?

Angélique Gérard est la Directrice des centres d’Appels de Free, elle compte 6000 employés sous ses ordres. Le mot qui revient sans cesse dans ses propos concernant l’univers de travail de ses 6000 conseillers est « l’enchantement ». C’est pourtant plutôt le désenchantement que connaissent les salariés de Free. Ces derniers dénoncent des conditions de travail déplorables mais surtout un nombre impressionnant de licenciements abusifs. Il semblerait que Xavier Niel soit lui aussi doué pour “contourner le Code du travail”, pour reprendre ses propres mots.

Free dispose de Call Centers en France et au Maroc

Free emploie des milliers de conseillers dans ses nombreux centres d’appels.

Free enchaîne les licenciements abusifs pour faute grave afin de ne verser aucune indemnité à ses salariés

L’entreprise propose donc des contrats à durée indéterminée à ses employés. Toutefois, cela ne signifie pas que ces derniers jouissent d’une réelle sécurité de l’emploi. Le reportage de Cash Investigation a démontré deux aspects des conditions de travail des employés de l’opérateur. D’une part, ils sont soumis à des conditions de travail difficiles allant de la pression subie au manque de tenues appropriées en hiver. Les employés dénoncent notamment l’épuisement, les relations tendues avec la hiérarchie, le manque de reconnaissance. D’autre part, toute réclamation conduit à un licenciement. Les prétextes ne manquent pas pour licencier à tout va. Cela va de l’absentéisme pour cause d’arrêt maladie aux retards… d’une minute ! Chez Free, on peut effectivement être licencié pour faute grave pour une petite minute de retard. Les employés se trouvent alors démunis, sans indemnités, contrairement à ce qu’a essayé d’affirmer Maxime Lombardini, qui confond indemnités et chômage.

Maxime Lombardini confond indemnités et chômage.

Les internautes n’ont pas manqué de reprendre les propos de Maxime Lombardini.

Le magasine de France 2 révèle que Free licencie les grévistes et les débrayeurs

Cash Investigation révèle le chantage de Free sur ses employés marocains

Les employés n’ont pas le droit d’exprimer leur mécontentement chez Free. La direction de l’entreprise fait clairement l’impasse sur le dialogue social. En 2012, les conseillers de Total Call, le call center de Free situé à Casablanca font grève. Ils dénoncent là encore des conditions de travail difficiles. Aucune concession ne sera faite de la part de la direction de Free. Angélique Gérard se rend alors à Casablanca pour faire du chantage aux grévistes : arrêter la grève ou bien Free stoppe la politique d’investissement au Maroc. En dépit de la loi et de la constitution marocaine qui l’interdit, une centaine de grévistes marocains seront licenciés.

Cash Investigation révèle les licenciements abusifs de Free

Maxime Lombardini et Angélique Gérard s’entendent sur les licenciements des grévistes marocains.

Le débrayage est aussi sanctionné par l’entreprise de Xavier Niel

En 2014, les conseillers du centre d’appel de Mobipel, à Colombes (92) organisent un débrayage de 3 heures pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail. Le débrayage se passe dans le calme et les employés retournent travailler. Loin d’arranger la situation, la direction de Free prend alors des mesures pour sanctionner les mécontents. Une semaine plus tard, ils reçoivent un courrier d’Angélique Gérard, leur expliquant que le site de Mobipel est classé sensible et que les recrutements seront dorénavant suspendus. Suite à cela, surviendront 248 licenciements à Mobipel sur les 650 salariés.

Les licenciements pour faute grave se multiplient chez Free, nous révèle Cash Investigation

La direction de Free va même plus loin. Elle licencie une directrice des Ressources Humaines pour faute grave. La raison ? Celle-ci aurait licencié des employés pour faute réelle et sérieuse, faisant ainsi perdre 150 000 euros à l’entreprise en versement d’indemnités. La norme veut donc que chez Free, on licencie uniquement pour faute grave afin de réaliser des économies, et ce, au détriment des employés et du Code du travail.

À voir aussi : la qualité de service des opérateurs mobiles

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Nesrine Medjeber

Nesrine Medjeber

Nesrine, férue de technologies, sait vous transmettre les actualités utiles et intéressantes des opérateurs et des différents smartphones.

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