Smartphones

Le premier iPhone X a été livré début novembre. À cette occasion, le collectif #iPhoneRevolt alertait sur les pratiques non respectueuses des droits humains qui entourent le milieu de la production à grande échelle de ces mobiles haut de gamme signés Apple. Un nouveau scandale a éclaté dans le Financial Times, relatif à l'exploitation de jeunes travailleurs, étudiants dans l'une des usines d'un sous-traitant.

Pour les étudiants chinois, un iPhone au goût amer

Dans les usines sous traitantes d'Apple, un scandale qui ne date pas d'hier

Zhengzhou, province du Henan en Chine centrale. Dans la capitale de cette région la plus peuplée de Chine, s'est aussi implanté ce que les habitants appellent “iPhone City”. Ce surnom, le quartier périphérique de la ville le doit à l'usine de Foxconn. L'entreprise d'assemblage de composants nécessaires à l'iPhone est sous-traitée par Apple. Si la zone industrielle attire l'attention, c'est principalement par sa taille. Rachetée en 2014, Foxconn emploie près de 100 000 travailleurs au sein de l'usine.

Apple exploite des travailleurs dans les usines qu'il sous traite en Chine.

Carte du site du sous traitant d'Apple, Foxconn. Zhengzhou est situé en Asie centrale. Cette province est la plus peuplée de Chine. Ce qui rend sa main d'oeuvre particulièrement peu chère.

En 2016, le site de fabrication avait déjà fait parler de lui. Deux travailleurs s'étaient suicidés au travail selon l'agence de presse Reuters. Les conditions difficiles de travail, avec un rendement accéléré pour produire les iPhone 7 avaient été pointés du doigt. Par ailleurs, le salaire n'avait pas été amélioré, tandis que toujours plus de rendement était exigé. Outre ce site en Chine centrale, des conditions de travail déplorables ont aussi été constatées à Shenzhen. Dans cette autre partie de la Chine, l'usine Foxconn avait connu en 2010 une série de suicides alarmante.

La marque à la pomme avait donc dû prendre la mesure du problème. Des efforts de contrôle des conditions de travail, tout au long de la chaîne de production ont été réalisés. Des audits ont ainsi été commandés. Aujourd'hui le rapport annuel est disponible sur le site de la marque. Une prise de conscience toutefois insuffisante comme le démontre le scandale révélé récemment par le Financial Times.

Le recours aux étudiants chinois au mépris du droit du travail, malgré les efforts d'Apple

Dans les colonnes du Financial Times, on peut découvrir des témoignages réels du personnel. La main d'oeuvre employée n'est pas constituée d'ouvriers, ni même de saisonniers recrutés pour l'occasion. Une catégorie plus particulière est ciblée dans les campagnes de recrutement, qui se déploient dans “l'iPhone City” de Zhengzhou. Il s'agit d'étudiants.

Dans les faits, les étudiants sont embauchés au titre d'un stage, requis pour l'obtention de leur diplôme. Leur flexibilité durant la période de rush, le bas coût de leur main d'oeuvre, tels sont les arguments qui ont sans doute favorisé ce phénomène. Dans une enquête du Monde, on apprend que certaines agences sont même capables de rétribuer toute personne qui recommande un étudiant, ou mieux, une école partenaire, pour travailler au sein du site de fabrication.

Ouvrier chinois sur le site de fabrication des iPhone X d'Apple.

Jeune ouvrier sur le site de l'usine Foxconn de Zhengzhou. Apple a indirectement forcé des étudiants à travailler pour l'assemblage de l'iPhone X.

Les étudiants qui font l'objet de l'article sont au nombre de 3000. Le phénomène est sans doute d'une plus grande ampleur. Foxconn développe en effet un programme de coopération avec les gouvernements locaux et les écoles chinoises. Un engagement au mépris de toute possibilité pour les étudiants d'échapper à ces travaux d'assemblage. Pourtant, ces travaux n'ont la plupart du temps aucun rapport avec leur domaine d'étude. Les 3000 étudiants de la Zhengzhou Urban Rail Transit School sont donc face à une obligation de travail comme “pré-requis de l'obtention de leur diplôme”. Un sujet sur lequel l'école a refusé de s'exprimer.

Certains étudiants ont confié devoir assembler près de 1200 iPhone par jour. Il s'agissait par exemple de fixer les caméras sur ces smartphones de luxe. Par ailleurs, les 40 heures de travail par semaine fixées par la loi chinoise ont été largement dépassées. Apple et Foxconn ont affirmé que les étudiants consentaient à effectuer ce travail “volontairement” même s'ils regrettaient l'illégalité des conditions, notamment par rapport au volume horaire exigé.

Des conséquences d'une stratégie de marché de la part d'Apple

Délais serrés, production internationalisée

Selon la loi chinoise, le volume horaire hebdomadaire ne doit pas excéder 40 heures. Pour faire face à la demande, le constructeur californien a donc sommé les entreprises comme Foxconn de répondre à une exigence de rendement difficilement tenable. De 100 000 ouvriers, la main d'oeuvre à dû passer à 300 000 employés.

Malgré les précédents dans le domaine de l'exploitation des travailleurs par la firme, les exigences quantitatives amplifient le problème. En période de rush, à partir de l'été jusqu'au lancement du dernier smartphone Apple, près de 20 000 iPhone doivent être assemblés par jour.

Apple ne respecte pas les normes fixées pour le travail des employés Foxconn.

Site de production et d'assemblage pour fournir les iPhone d'Apple en temps et en heure. Un travail à la chaîne, peu rétribué et dans le mépris du droit du travail chinois.

Une demande qui implique un rythme effréné, le recours à de plus en plus de main d'oeuvre, payée à bas coûts. Il s'agit du résultat de la stratégie d'internationalisation de la chaîne de production d'Apple. L'avantage des étudiants stagiaires est certain : des charges sociales et des salaires moindres. De quoi augmenter les marges de la firme de Cupertino.

L'enjeu reste complexe. Apple obéit aux règles du commerce international qui le pousse à développer ses brevets rapidement, avant que d'éventuelles fuites compromettent l'innovation de ses produits. La concurrence avec Samsung et Huawei s'intensifie sur les différents marchés. La firme vise donc à augmenter au maximum ses marges. Les délais serrés et les conditions d'emploi et de production désastreuses en sont la conséquence directe.

Apple et ses sous-traitants : un problème de transparence ?

Le problème réside dans le fait que les normes ne sont pas internationalisées. En 2010, la firme avait beaucoup misé sur la formation et l'observation d'un code éthique imposé aux fournisseurs. Dans les récents rapports, l'entreprise montre une évolution positive du respect de ses propres règles. Le surmenage, les vagues de suicides, les problèmes qui touchent aussi l'extraction des matières premières : le collectif #iPhoneRevolt alertait l'opinion publique début novembre. Le nouveau retentissement de cette réalité dans les médias occidentaux sera-t-il suivi de solutions concrètes ?

Depuis que ces conditions de travail laborieuses sont dénoncées, Apple s'est engagé. Il a reconnu et regretté avoir dépassé les limites légales de la loi chinoise avec son fournisseur. Pour cette marque, le problème majeur réside dans le besoin de transparence vis à vis de ses sous traitants de par le monde. “Code de conduite” et “Normes de la responsabilité des fournisseurs” sont des rapports qui insistent sur ce point.

Apple et le rapport concernant les heures travaillées chez les fournisseurs.

Dans l'un des rapports publiés par Apple, on trouve ce graphe. Si le respect du temps de travail s'est amélioré, il reste de nombreuses données non communiquées. Par exemple, les branches dans lesquelles les heures sont dépassées. Et aussi le caractère volontaire ou non de ces excès de volume horaire.

Ces documents sont accessibles à tous, et représentent sans nul doute un argument commercial de traçabilité et de qualité. À l'heure où le développement de smartphones éthiques a vu le jour, la marque a sans aucun doute pris conscience de ce besoin de garantir une bonne démarche éthique dans toutes les étapes du processus de fabrication.

Apple et la transparence, plus de communication sur le sujet de l'éthique et le droit des travailleurs.

Sur son site, Apple affirme “les standards de responsabilité” de son entreprise ainsi qu'un “code de conduite à tenir par le fournisseur”. Ce qui n'a pas empêché Foxconn de les enfreindre pour respecter les délais de production exigés.

Un problème de normes internationales

La charte éthique de la marque soulève pourtant donc bien le problème du travail forcé et des normes à respecter par les fournisseurs. Une notice qui a le mérite d'exister mais dont la récente affaire démontre la résonance plus théorique que réelle, et sans moyens de coercition possible. Fin octobre, l'ONU a convoqué une réunion dans le but de commencer à statuer sur des normes internationales de droit du travail pour mettre fin à ce genre d'abus. Toutefois aucun mécanisme dissuasif n'est pour l'instant d'actualité.

La stratégie de réduction des couts via l'internationalisation pose donc de véritables problèmes qui sont autant d'enjeux humains. Amnesty International avait donné le signal d'alarme en 2016 concernant le travail des enfants dans ces branches. “Le travail des enfants ne sera jamais toléré dans notre chaîne de production” avait alors affirmé la marque de la Silicon Valley. Pourtant, les étudiants chinois qui se sont exprimés dans le Financial Times étaient âgés pour les plus jeunes de 17 ans.

Apple mais aussi Samsung et Sony avaient été interpelés par l'organisation internationale. Ces faits réitérés témoignent de la difficulté de se rapprocher de standards plus éthiques envers les travailleurs, quels que puissent être les efforts de transparence annoncés par les marques.

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